Mercredi 27 février 2008

Ne riez pas du bel idiot

Ses rêves ne sont pas que des mots

Tristes villages où l’on dit mal

Des bâtisseurs de cathédrales

 

Ne riez pas du bel idiot

Ses rêves ne sont pas que des mots

Je veux qu’il touche à l’idéal

Je veux qu’il touche au sidéral

 

Si je venais à mourir

Voici mes dernières volontés

Si je venais à périr

Faites qu’il s’envole, mon bel oiseau

Faites qu’on l’enterre à mes côtés

Si je venais à mourir, mon bel oiseau

 

Je veux qu’il prenne de l’altitude

Qu’il vole au dessus des latitudes

Du plat pays, des mornes plaines

Où l’on dit mal des gens sans haine

 

C’est le triangle des Bermudes

Géographiques solitudes

Petits hommes verts, peut-être frères

Je veux qu’il aille au bout des airs

 

Si je venais à mourir

Voici mes dernières volontés

Si je venais à périr

Faites qu’il s’envole, mon bel oiseau

Faites qu’on l’enterre à mes côtés

Si je venais à mourir, mon bel oiseau

 

par Dionys publié dans : Chanson
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Jeudi 14 février 2008


Une entrée en matière impalpable, une liquidité de cristal, quelques signes accrochés au désastre, une communauté de solitaires déconstellés, leurs commentaires immodérés. Entrouvrir ici le monde et sa lisière numérique. Ne plus faire écran. Faire face à cette nuit de pixels où nous dressons la constellation de notre ennui.

 

Aimer son prochain comme son fantôme. Aimer son ombre, aimer le prolongement solaire qui s'enfuit de soi. Cette caresse dans le dos ruisselant, cette main solaire qui diffuse l'intensité du jour et promulgue à la nuit son laisser passer de rêves.

 

Inviter le silence, à la fête bruyante où frémissent mes gestes de cristal, où chutent les anges maladroits de ton regard, où nous sommes l'un et l'autre la caresse malhabile du désir et sa poigne saisissante. Ouvre ta parole, ouvre ton ventre, ouvre tes cris, nous allons mêler nos voix dans la dissonance de l'enchantement.

 

Nous entrons dans l'aurifère et dans la pauvreté du monde. L'amour seul subvient. Nous sommes les astres oubliés du jour et de la nuit. Nous sommes le retour de la comète et son affalement minéral. Désertés par la lumière, nous étoilons le miracle d'un sursaut de soleil sur nos âmes. Il est midi, il est minuit. Il est temps d'orchestrer le grand vacarme. Tout éparse. Tout revient à l'éclat dont nous sommes l'explosion primitive. Adam et Eve déchiquetés, l'un et l'autre éventrés pour la naissance du délice éternel où nous jardinons notre plaisir.

par Dionys publié dans : Proférations
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Samedi 9 février 2008

 

 

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La France
profonde, la France en profondeur, c'est la folle aventure de « Mischka ». La traversée  d'un cinéaste et d'un acteur (deux en un) : Jean-François Stévenin, parti sur les routes en baroudeur, comme un Bernard Hinault du cinéma, pour un Tour de France épique et miraculeux, en blaireau mal rasé, hirsute, avec pourtant un cœur gros comme ça !


Pour ce travelling frontal vers la vie, tous les moyens de transport sont bons : de la bonne vieille 403 à la chaise roulante de l'hospice. On prend le bus, on rate le train, on attend le bac, tout est affaire de passage et de passagers. Dans « Mischka », l'important est d'avancer, ne serait-ce qu'un tout petit bout, vers son destin. Il faut y aller et on y va.


C'est l'été, la chaleur tape sur les nerfs des vacanciers. Les couples s'engueulent à l'avant de la voiture, les adolescents disent « merde » à leurs parents et prennent eux aussi la route. La France est un pays de fugueurs où l'on trouve toujours une fontaine accueillante pour épancher sa soif d'amour et d'amitié. Mais à peine arrivé, on repart. C'est une espèce de drogue, une bougeotte insatiable qui donne son rythme au film. Cela va très vite. C'est comme un paysage qui défile, la fenêtre ouverte, alors que l'on ressent le bonheur d'un vent frais qui fouette le visage.
    


« Mischka », c'est la France des autoroutes, où l'on n'abandonne plus son chien mais son papa (formidable papy Mischka, incarné par Jean-Paul Roussillon). Héros malgré lui d'un road-movie affectif où chaque personnage est une étape de ses propres souvenirs et un miroir de ses désirs inassouvis. La famille se reconstruit à partir de son abandon, et le film avec.


Un film qui est avant tout un hommage à la France (comme le cinéma ne nous en avait plus offert depuis Renoir). Il nous transporte, au sens quasi initiatique du terme, au gré d'un vent chaleureux et d'une tendresse donnée sans retenue, vers ce qu’on appelle un Havre de paix : le lieu utopique (nomade ou sédentaire) où se réunirait, pour le meilleur et pour le pire, la famille idéale. Non pas celle que l’on a mais celle que l’on choisit.


La beauté des paysages se mêlent aux résidus d'une humanité imparfaite et touchante : un hôtel grill Campanile planté au milieu d'un rond-point, un dépotoir de campagne transformé en terrain de jeux éphémère, une observatoire de fortune niché sous un pont d'autoroute. On transforme tout à son avantage dans « Mischka ». Tout peut être source de plaisir, pourvu qu'il y ait quelqu'un pour le partager.
   

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Finalement, le point commun de tous ces gens est « un famille, je vous aime » compulsif, une dose d'amour à revendre au dessus de la moyenne. Le cœur palpite, l'imagination déborde. Alors, ils partent : en vacances, en fugue, en exil, en tournée (comme Johnny). Tout le monde est en mouvement, se cherche une famille, la recompose au gré des rencontres, avec pour ciment, l'amour et l'amitié.


Comme dans tous les films de Stévenin, l'amitié est la base, l'amitié entre hommes surtout. D'abord, on s'observe, on se tourne autour (en silence) et puis tout d'un coup, ça éclate. C'est l'embrassade, l'engueulade. Mais toujours dans le partage. C'est la vie de famille en quelque sorte. Un méli-mélo  de sentiments inextricables que tout nous porte à fuir pour mieux se retrouver ensuite.


Des aimants irrésistibles nous attirent sans cesse vers ceux que nous avons abandonnés, laissés en chemin, sur le bord de la route. Même les personnages les plus solitaires (comme ces indécrottables renfrognés qu'incarne habituellement Stévenin) ne peuvent résister à l'appel des retrouvailles. Mais une fêlure persiste. Le plus souvent noyée dans l'alcool, elle est la petite voix qui guide chaque geste et chaque pensée vers la mélancolie du voyage.


Mais finalement, il y a toujours quelqu'un sur la route pour vous tendre la main. La famille s'agrandit, le cinéma aussi. En voyant et en revoyant « Mischka », on a vraiment l'impression de faire partie de la famille. C'est évident comme une tranche de saucisson, un verre de vin ou une chanson de Johnny. Tout est affaire de partage dans la France des profondeurs. Il suffit d'un bon guide et Stévenin, c'est un peu comme l'atlas Michelin. Le savoir présent sur la plage arrière nous rassure et nous ouvre des chemins de traverse insoupçonnés.

 

par Dionys publié dans : Cinéma
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Lundi 4 février 2008

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Né du traumatisme post Columbine, au même titre que « Elephant » de Gus Van Sant, le premier long métrage du québécois Quentin Dupieux nous emmène, au-delà de l’absurde, dans une espèce de tragédie crépusculaire annonçant le film culte qu’il deviendra sûrement, grâce au dvd qui prend patiemment le relais de son terrible échec dans les salles françaises, malgré la présence d’Eric et Ramzy.

Porté par une photographie automnale sublime, le découpage est structuré de plans fixes dont devrait s’inspirer les soit disants auteurs de comédies françaises qui oublient bien souvent que le plan fixe est une des bases formelles du burlesque. De même pour ces longs plans séquences qui étirent l’étrangeté de leur propos jusqu’au malaise, dont on peut à la fois rire ou s’effrayer, comme cette scène où l’un des personnages fait la manche pour se faire refaire le visage et rencontre un voleur de voitures en fauteuil roulant. 

Le film de Quentin Dupieux, dans la méticulosité de ses décors et de ses costumes, nous plonge d’un côté dans un univers réaliste, proche de notre quotidien et de ses obsessions maniaco-dépressives, et de l’autre dans un univers fait d’outrance et d’outrage où les couleurs, la nature mordorée et les étranges occupations des personnages secondaires provoquent des situations relevant quasiment du fantastique. Car « Steak » est aussi un film d’anticipation, un peu à la manière d’un « Fahrenheit 451 », genre qui sait confronter les fantasmes d’une société focalisée sur l’apparence au possible fascisme qui découle de l’obsession de cette apparence.


Film jubilatoire dans sa forme, que l’on peut d’ailleurs mettre en regard avec la sortie française du « Death proof » de Quentin Tarantino, « Steak » est un film pessimiste dans le sens où l’appartenance au groupe semble être la base éternelle des rapports humains. Et ceux qui tenteront de s’en extraire pour vivre leur folie en solitaire seront toujours arrêtés en chemin. Comme par la Police, dans les scènes inaugurale et finale du film.


Objet cinématographique non identifié volant au dessus de la société du spectacle formatée, « Steak » règle ses comptes avec le monde aseptisé, sécuritaire et grégaire que Quentin Dupieux détaille avec justesse sous ses différentes facettes : l’école, la famille, le sport, la psychiatrie, la police, les pavillons des classes moyennes qui s’étendent aux limites des villes, toute la société est vue dans son ensemble. Contrairement à bon nombre de comédies françaises qui vont se focaliser sur un seul aspect, jusqu’à l’épuiser totalement, et en réaction à ces films qui décortiquent, Quentin Dupieux englobe son sujet. 

Ici, un groupe nommé les « Chivers », bouteilles de lait à la main, a développé toute une série de codes allant de l’habillement uniforme façon campus au salut clanique enchaînant poignées de mains et de jambes, le groupe ayant même été jusqu’à inventer son propre sport.

Les « Chivers » ont aussi leurs interdits, comme la cigarette, dont la moindre bouffée peut-être fatale, au même titre que d’écouter du Phil Collins. Mais surtout, pour être un vrai « Chivers », il faut avoir été refait du visage, ce qui implique de rendre visite à cet étrange chirurgien esthétique qui connaît par cœur le nombre de morts et de blessés dénombrés dans les fait divers. Et pour un vrai Chivers, toute conquête féminine doit bien sûr avoir les seins refaits, cela va de soi. 

A la fois bon élève d’une société ventant les mérites de la pureté, de l’hygiène et du look plus ultra, et en même temps voyou tirant vers le Hell’s Angel en 4x4, « Un Chivers se doit d’être irréprochable au niveau de la tenue et du mental. »  

 

par Dionys publié dans : Cinéma
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Lundi 4 février 2008

 

Une autre perspective, dévissée par l’horizon, tirant les traits d’une architecture dépeuplée, se souvient d’un monde entraperçu aux limites.
 

Ici est un lieu, sans autre figure que l’abîme des âges au charnier de l’enfance, que le château de sable égrainant, de souvenir en souvenir, sa naissance pétrifiée. Saisir l’éternité de sa chute, au fond du trou béant que creuse l’éclair sur le lieu des météores. Aven sulfureux, volcans tuméfiés et ventrus, fumerolles vénéneuses de la colère.
 

Dans le vertige qui me tient, je sais encore, debout, m’allonger sous la verticale de la nuit. Il naît des étoiles à chaque regard porté vers le large obscur des ténèbres. Il pleut des météores, frais de lave dans mes yeux, comme une tombée d’or pur, sur l’imaginaire lavé de tout soupçon.
 

Les vents sont en rafle sur l’oubli, toute mémoire floconne au fond du souvenir, comme l’amiante poussiéreuse du désespoir. Nos contrées sont ces plaines duveteuses et sûres où ne défriche aucune rafale. Les plis jurassiques de nos monts se sont lovés sous le tapis de mousse des forêts enracinées, le haut-mal rocailleux s’émousse au regard obstrué qui nous sert de prière, et le chamois ne court plus sur l’arrête entamée du couchant. Le plat du monde invoque l’ennui, l’oracle d’un tranchant, sur la pierre d’éclair où nous avons achoppé.
 

Notre vivacité de nerfs est maintenant opaque, sur le couchant de la révolte, comme à l’aube du désir où se franchissent les cols, il y a le pic inébranlable de la foi.
 

Voici que se lève le temple d’immanence, dévêtu de ses toits, démaquillé de ses fenêtres, comme autant de meurtrières jalouses et embusquées. Le chambranle de notre accueil millénaire s’est abattu sur le perron de l’amalgame. Dépourvu de seuil, l’étranger ne s’invite plus aux tables de cène qui faisait rompre le pain et vinifier les fontaines.   

Taillé dans le ciel seul et bâti sur l’outrage d’une terre retournée, le verger du paradis s’effondre sur la souche véreuse de l’amour. Les fruits pourrissants s’acheminent vers le dernier royaume où l’on composte les âmes. Nous sommes autant de ruine que d’espérance un peuple défriché.  

C’est le ciment des astres qui rédime le lézard de nos failles. Nous sommes dans l’auge de la roche, fuyants l’ultime prédation qui nous reflète, pour saisir l’anfractuosité du risque.  

La beauté se rend large et dévaste son champ de crépuscule, en inventant l’aurore et en cueillant les stalactites du soleil. Toute fondation est à refondre dans son socle de boue.         

par Dionys publié dans : Proférations
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