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Dionys Décrevel

Le palais idéal d'Hubert Mounier

4 Janvier 2008 , Rédigé par Dionys Publié dans #Musique

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Non, non, tout mais pas ça, l’Affaire Louis’ Trio n’est pas un groupe de rigolos sautillants ayant traversé comme une comète le ciel pâle de la chanson française des années 90. Il s’agit d’une véritable constellation musicale où, de chanson en chanson, le groupe a su faire source au point de devenir une des influences majeures des artisans de la pop actuelle. 

Au-delà de leurs sobriquets fantasques, en formes de clins d’œil à la bd américaine, au-delà de leurs shows dégingandés, tracés d’une ligne claire et naïve sur les cartons-pâtes de leurs fabuleux décors, apparaît le brou de noix et le fusain étal d’un dessin plus sombre et complexe qu’il n’y paraît. Et c’est en cela que le troisième album solo d’Hubert Mounier est indispensable. Pour classer l’Affaire, certes, mais avant tout pour ressortir les preuves d’une incroyable et sublime vérité : l’Affaire Louis’ Trio est un groupe important. 

Non content de nous délivrer des montgolfières de légèreté (comme le très latino « Tout mais pas ça »), Hubert Mounier pose sa voix douce et puissante sur de chaleureuses pop-songs à la fois mélancoliques et lucides comme « Chacun de son côté » ou « Tranquille aujourd’hui ». Mais au détour d’une chanson comme « Le bal des regrets », on s’aperçoit que la musique française n’est pas en reste et que les marlous de la valse et de la java peuvent encore frayer dans les bals populaires et mêler leurs pas de danses à ceux des aficionados du mambo, pogoter avec quelques porteurs de bananes plus rockabilly ou carrément brûler le dance-floor funky sur un tube aussi éternel que « Chic planète », qui vingt ans après n’a pas pris une ride. 

Les morceaux choisis, loin de se contenter d’un revival années nonante, revisitent la planète entière, celle sur laquelle Hubert Mounier campe encore la fière utopie de danser libre et nu au rythme d’une musique revendiquant à la fois son côté latin lover et crooner cuivré, où rock n’roll à l’américaine, pop à l’anglaise et texte à la française savent confondre leurs couleurs pour nous emmener vers le meilleur des mondes. Même si l’auguste blancheur du clown est aussi celle de la mélancolie des facteurs incompris (ceux des palais idéaux), de la nostalgie de l’enfance illustrée, des chagrins d’amour transformés en succès lacrimaux… 

Et en parlant de palais idéal, c’est bien un temple qui s’élève, un minaret baroque de la chanson, une cathédrale païenne érigée en souvenir et en hommage à ces dix années où l’Affaire écuma les diocèses de France et de Navarre pour faire swinguer les foules. Orné de coquillages marins, pêchés sur les côtes d’une longue quête dont « Mobilis in mobile » fut certainement le cap le plus au large, le point de perfection pop, la hune et la vigie du bateau pirate qui fraya plus d’une décennie dans les eaux bien plates de la chanson française des années 90.


Hubert Mounier nous donne à revisiter en treize titres et un inédit (hommage à la voix de Roy Orbison) ce qui fit la grande classe de l’Affaire Louis’ Trio. Car au-delà de l’éternelle jouvence des morceaux, l’écriture campe des personnages emprunts d’une véritable naïveté, authentiquement altruiste, portée avant tout par une profonde générosité qui est celle d’offrir aux gens le bonheur d’une chanson où l’optimisme n’en efface pas pour autant la lucidité et la crainte. Alors que certains tournent encore autour de leurs nombrils pour nous plomber de leurs thérapies discographiques en forme de tubes d’aspirine, Hubert Mounier décide de passer par la cheminée pour nous offrir la quintessence de sa hotte remplie de tubes imparables où, pour la première fois, un songwriter délicieux, à l’instar des maîtres anglais, impose son art populaire : véritable pop à la française ayant atteint l’âge d’homme tout en gardant sous le pied les soubresauts de l’enfance.

 

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