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Dionys Décrevel

Olivier Delacroix / Nos verticales

7 Janvier 2008 , Rédigé par Dionys Publié dans #Musique



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Pour ceux qui ont eu le bonheur de goûter les chansons opiacées des « Traces », ou du premier album de Black Maria, il est évident que les années 90 n'ont pas la même saveur. Cette rage lyrique qui animait (au sens presque apache) les chants d'Olivier Delacroix restent à jamais gravés dans nos mémoires d'adolescents solitaires. Des prénoms féminins, sauvages à vivre comme à prononcer : Saya, Monna, Aïama, sans oublier Maria la noire. À la fois sexuelles et maternelles, les femmes d'Olivier Delacroix sauvent l'homme des gouffres où il ne cesse de plonger : la came, le sexe et les brûlures de l'âme. Elles sont à la fois la blessure et le baume, toujours salvatrices.

Aujourd'hui, c'est du pays de l'enfance que nous revient Olivier Delacroix. Un surnom de l'âge tendre remonte à la surface : Nixon. Les thèmes éternels de la maternité reviennent comme un seul homme enchanter les treize plages de « Nos verticales ». Et c'est la voix d'un homme devenu père que l'on entend planer sur les mélodies de l'album. On sent le désir de transmettre des mots simples, des sentiments purs. Mais loin des valeurs morales, c'est d'émotion, de rébellion, de poésie, de folie, d'enthousiasme qu'il s'agit. Cet album se tourne naturellement du côté de la paternité et de la filiation. A découvrir : l'émotion qui se dégage de « Théo », chanson dédiée à son fils.

Quand d'autres voient le destin de manière horizontale (le temps, l'argent, la gloire éphémère du music business actuel...) Nixon prend les choses verticalement. Tout est question d'ascension et d'altitude. Une approche quasi mystique, qu'on retrouve dans le rock comme dans les transes primitives. Un son propre aux grands groupes qui ont assimilé la « spirale infernale » comme Noir désir ou Kat onoma. Nixon fait partie de ces êtres sensibles, sensuels, pour qui la musique se propage par ondes de choc. L'amour est le moteur principal de l'écriture. La musique est en recherche d'altitude (pour reprendre un des titres de l'album). En grande partie composées par le guitariste Daniel Cutayar, allié substantiel de ces verticales, les mélodies sont taillées sur mesure pour Nixon. Du coup, l'écriture d'Olivier Delacroix s'est simplifiée tout en gardant le lyrisme qu’on lui connaissait déjà dans les albums de Black Maria.

Avec des guitares étirées comme des chats, hésitants entre griffes et coussinets, l'esprit félin de l'album se tourne vers la douceur d'une chanson de sentiments tout en gardant le sens de la déchirure et de l'innocence sauvage. D'ailleurs, des chansons comme « Senorita » ou « La foule » réussissent parfaitement cet équilibre entre énergie rock et simplicité mélodique. Et il est vrai que l'album de Nixon, comparé aux sons bien proprets de la nouvelle scène française, est d'une teinture assez impressionnante. Malgré quelques morceaux un peu plus étouffants au niveau de la production, on prend de plus en plus de plaisir à pénétrer dans l'album pour arriver en plein dans des titres plus forts à boire comme « Nina », « Quelque part » ou « En zone tubulaire ».

Plus alternatif que jamais, l'album a été édifié avec une volonté tenace, notamment grâce à la production artistique signée Yarol Poupaud (FFF). Pour cet album, Olivier Delacroix a décidé de tout maîtriser et de faire appel à ses amis pour concrétiser l'album. Tout le monde a mouillé la chemise (le plus souvent bénévolement et avec les moyens de la rage) pour faire aboutir le projet. Mais le plus incroyable dans l'histoire reste qu'aucun label français n'a voulu mettre ses billes dans l'album. Difficile à croire quand on sait que le rock français doit énormément à Olivier Delacroix, au même titre qu’un Bertrand Cantat ou qu’un Rodolphe Burger. Olivier a heureusement trouvé sur sa route le soutien de Spozzle records (label anglais). « Nos verticales », premier nouvel opus de Nixon brûle d'impatience « d'embrasser les villes » et de pouvoir laisser déborder cette rage contenue qui grogne au coeur de l'album.

Nixon "Nos verticales", chez Spozzle Records / Codaex France

 

 

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