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Dionys Décrevel

Paysage dépecé

4 Février 2008 , Rédigé par Dionys Publié dans #Proférations

 

Une autre perspective, dévissée par l’horizon, tirant les traits d’une architecture dépeuplée, se souvient d’un monde entraperçu aux limites.
 

Ici est un lieu, sans autre figure que l’abîme des âges au charnier de l’enfance, que le château de sable égrainant, de souvenir en souvenir, sa naissance pétrifiée. Saisir l’éternité de sa chute, au fond du trou béant que creuse l’éclair sur le lieu des météores. Aven sulfureux, volcans tuméfiés et ventrus, fumerolles vénéneuses de la colère.
 

Dans le vertige qui me tient, je sais encore, debout, m’allonger sous la verticale de la nuit. Il naît des étoiles à chaque regard porté vers le large obscur des ténèbres. Il pleut des météores, frais de lave dans mes yeux, comme une tombée d’or pur, sur l’imaginaire lavé de tout soupçon.
 

Les vents sont en rafle sur l’oubli, toute mémoire floconne au fond du souvenir, comme l’amiante poussiéreuse du désespoir. Nos contrées sont ces plaines duveteuses et sûres où ne défriche aucune rafale. Les plis jurassiques de nos monts se sont lovés sous le tapis de mousse des forêts enracinées, le haut-mal rocailleux s’émousse au regard obstrué qui nous sert de prière, et le chamois ne court plus sur l’arrête entamée du couchant. Le plat du monde invoque l’ennui, l’oracle d’un tranchant, sur la pierre d’éclair où nous avons achoppé.
 

Notre vivacité de nerfs est maintenant opaque, sur le couchant de la révolte, comme à l’aube du désir où se franchissent les cols, il y a le pic inébranlable de la foi.
 

Voici que se lève le temple d’immanence, dévêtu de ses toits, démaquillé de ses fenêtres, comme autant de meurtrières jalouses et embusquées. Le chambranle de notre accueil millénaire s’est abattu sur le perron de l’amalgame. Dépourvu de seuil, l’étranger ne s’invite plus aux tables de cène qui faisait rompre le pain et vinifier les fontaines.   

Taillé dans le ciel seul et bâti sur l’outrage d’une terre retournée, le verger du paradis s’effondre sur la souche véreuse de l’amour. Les fruits pourrissants s’acheminent vers le dernier royaume où l’on composte les âmes. Nous sommes autant de ruine que d’espérance un peuple défriché.  

C’est le ciment des astres qui rédime le lézard de nos failles. Nous sommes dans l’auge de la roche, fuyants l’ultime prédation qui nous reflète, pour saisir l’anfractuosité du risque.  

La beauté se rend large et dévaste son champ de crépuscule, en inventant l’aurore et en cueillant les stalactites du soleil. Toute fondation est à refondre dans son socle de boue.         

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