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Dionys Décrevel

Steak

4 Février 2008 , Rédigé par Dionys Publié dans #Cinéma


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Né du traumatisme post Columbine, au même titre que « Elephant » de Gus Van Sant, le premier long métrage du québécois Quentin Dupieux nous emmène, au-delà de l’absurde, dans une espèce de tragédie crépusculaire annonçant le film culte qu’il deviendra sûrement, grâce au dvd qui prend patiemment le relais de son terrible échec dans les salles françaises, malgré la présence d’Eric et Ramzy.

Porté par une photographie automnale sublime, le découpage est structuré de plans fixes dont devrait s’inspirer les soit disants auteurs de comédies françaises qui oublient bien souvent que le plan fixe est une des bases formelles du burlesque. De même pour ces longs plans séquences qui étirent l’étrangeté de leur propos jusqu’au malaise, dont on peut à la fois rire ou s’effrayer, comme cette scène où l’un des personnages fait la manche pour se faire refaire le visage et rencontre un voleur de voitures en fauteuil roulant. 

Le film de Quentin Dupieux, dans la méticulosité de ses décors et de ses costumes, nous plonge d’un côté dans un univers réaliste, proche de notre quotidien et de ses obsessions maniaco-dépressives, et de l’autre dans un univers fait d’outrance et d’outrage où les couleurs, la nature mordorée et les étranges occupations des personnages secondaires provoquent des situations relevant quasiment du fantastique. Car « Steak » est aussi un film d’anticipation, un peu à la manière d’un « Fahrenheit 451 », genre qui sait confronter les fantasmes d’une société focalisée sur l’apparence au possible fascisme qui découle de l’obsession de cette apparence.


Film jubilatoire dans sa forme, que l’on peut d’ailleurs mettre en regard avec la sortie française du « Death proof » de Quentin Tarantino, « Steak » est un film pessimiste dans le sens où l’appartenance au groupe semble être la base éternelle des rapports humains. Et ceux qui tenteront de s’en extraire pour vivre leur folie en solitaire seront toujours arrêtés en chemin. Comme par la Police, dans les scènes inaugurale et finale du film.


Objet cinématographique non identifié volant au dessus de la société du spectacle formatée, « Steak » règle ses comptes avec le monde aseptisé, sécuritaire et grégaire que Quentin Dupieux détaille avec justesse sous ses différentes facettes : l’école, la famille, le sport, la psychiatrie, la police, les pavillons des classes moyennes qui s’étendent aux limites des villes, toute la société est vue dans son ensemble. Contrairement à bon nombre de comédies françaises qui vont se focaliser sur un seul aspect, jusqu’à l’épuiser totalement, et en réaction à ces films qui décortiquent, Quentin Dupieux englobe son sujet. 

Ici, un groupe nommé les « Chivers », bouteilles de lait à la main, a développé toute une série de codes allant de l’habillement uniforme façon campus au salut clanique enchaînant poignées de mains et de jambes, le groupe ayant même été jusqu’à inventer son propre sport.

Les « Chivers » ont aussi leurs interdits, comme la cigarette, dont la moindre bouffée peut-être fatale, au même titre que d’écouter du Phil Collins. Mais surtout, pour être un vrai « Chivers », il faut avoir été refait du visage, ce qui implique de rendre visite à cet étrange chirurgien esthétique qui connaît par cœur le nombre de morts et de blessés dénombrés dans les fait divers. Et pour un vrai Chivers, toute conquête féminine doit bien sûr avoir les seins refaits, cela va de soi. 

A la fois bon élève d’une société ventant les mérites de la pureté, de l’hygiène et du look plus ultra, et en même temps voyou tirant vers le Hell’s Angel en 4x4, « Un Chivers se doit d’être irréprochable au niveau de la tenue et du mental. »  

 

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