Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Dionys Décrevel

Mischka

9 Février 2008 , Rédigé par Dionys Publié dans #Cinéma

 

 

undefined


La France
profonde, la France en profondeur, c'est la folle aventure de « Mischka ». La traversée  d'un cinéaste et d'un acteur (deux en un) : Jean-François Stévenin, parti sur les routes en baroudeur, comme un Bernard Hinault du cinéma, pour un Tour de France épique et miraculeux, en blaireau mal rasé, hirsute, avec pourtant un cœur gros comme ça !


Pour ce travelling frontal vers la vie, tous les moyens de transport sont bons : de la bonne vieille 403 à la chaise roulante de l'hospice. On prend le bus, on rate le train, on attend le bac, tout est affaire de passage et de passagers. Dans « Mischka », l'important est d'avancer, ne serait-ce qu'un tout petit bout, vers son destin. Il faut y aller et on y va.


C'est l'été, la chaleur tape sur les nerfs des vacanciers. Les couples s'engueulent à l'avant de la voiture, les adolescents disent « merde » à leurs parents et prennent eux aussi la route. La France est un pays de fugueurs où l'on trouve toujours une fontaine accueillante pour épancher sa soif d'amour et d'amitié. Mais à peine arrivé, on repart. C'est une espèce de drogue, une bougeotte insatiable qui donne son rythme au film. Cela va très vite. C'est comme un paysage qui défile, la fenêtre ouverte, alors que l'on ressent le bonheur d'un vent frais qui fouette le visage.
    


« Mischka », c'est la France des autoroutes, où l'on n'abandonne plus son chien mais son papa (formidable papy Mischka, incarné par Jean-Paul Roussillon). Héros malgré lui d'un road-movie affectif où chaque personnage est une étape de ses propres souvenirs et un miroir de ses désirs inassouvis. La famille se reconstruit à partir de son abandon, et le film avec.


Un film qui est avant tout un hommage à la France (comme le cinéma ne nous en avait plus offert depuis Renoir). Il nous transporte, au sens quasi initiatique du terme, au gré d'un vent chaleureux et d'une tendresse donnée sans retenue, vers ce qu’on appelle un Havre de paix : le lieu utopique (nomade ou sédentaire) où se réunirait, pour le meilleur et pour le pire, la famille idéale. Non pas celle que l’on a mais celle que l’on choisit.


La beauté des paysages se mêlent aux résidus d'une humanité imparfaite et touchante : un hôtel grill Campanile planté au milieu d'un rond-point, un dépotoir de campagne transformé en terrain de jeux éphémère, une observatoire de fortune niché sous un pont d'autoroute. On transforme tout à son avantage dans « Mischka ». Tout peut être source de plaisir, pourvu qu'il y ait quelqu'un pour le partager.
   

undefined 


Finalement, le point commun de tous ces gens est « un famille, je vous aime » compulsif, une dose d'amour à revendre au dessus de la moyenne. Le cœur palpite, l'imagination déborde. Alors, ils partent : en vacances, en fugue, en exil, en tournée (comme Johnny). Tout le monde est en mouvement, se cherche une famille, la recompose au gré des rencontres, avec pour ciment, l'amour et l'amitié.


Comme dans tous les films de Stévenin, l'amitié est la base, l'amitié entre hommes surtout. D'abord, on s'observe, on se tourne autour (en silence) et puis tout d'un coup, ça éclate. C'est l'embrassade, l'engueulade. Mais toujours dans le partage. C'est la vie de famille en quelque sorte. Un méli-mélo  de sentiments inextricables que tout nous porte à fuir pour mieux se retrouver ensuite.


Des aimants irrésistibles nous attirent sans cesse vers ceux que nous avons abandonnés, laissés en chemin, sur le bord de la route. Même les personnages les plus solitaires (comme ces indécrottables renfrognés qu'incarne habituellement Stévenin) ne peuvent résister à l'appel des retrouvailles. Mais une fêlure persiste. Le plus souvent noyée dans l'alcool, elle est la petite voix qui guide chaque geste et chaque pensée vers la mélancolie du voyage.


Mais finalement, il y a toujours quelqu'un sur la route pour vous tendre la main. La famille s'agrandit, le cinéma aussi. En voyant et en revoyant « Mischka », on a vraiment l'impression de faire partie de la famille. C'est évident comme une tranche de saucisson, un verre de vin ou une chanson de Johnny. Tout est affaire de partage dans la France des profondeurs. Il suffit d'un bon guide et Stévenin, c'est un peu comme l'atlas Michelin. Le savoir présent sur la plage arrière nous rassure et nous ouvre des chemins de traverse insoupçonnés.

 

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article