Jeudi 14 février 2008


Une entrée en matière impalpable, une liquidité de cristal, quelques signes accrochés au désastre, une communauté de solitaires déconstellés, leurs commentaires immodérés. Entrouvrir ici le monde et sa lisière numérique. Ne plus faire écran. Faire face à cette nuit de pixels où nous dressons la constellation de notre ennui.

 

Aimer son prochain comme son fantôme. Aimer son ombre, aimer le prolongement solaire qui s'enfuit de soi. Cette caresse dans le dos ruisselant, cette main solaire qui diffuse l'intensité du jour et promulgue à la nuit son laisser passer de rêves.

 

Inviter le silence, à la fête bruyante où frémissent mes gestes de cristal, où chutent les anges maladroits de ton regard, où nous sommes l'un et l'autre la caresse malhabile du désir et sa poigne saisissante. Ouvre ta parole, ouvre ton ventre, ouvre tes cris, nous allons mêler nos voix dans la dissonance de l'enchantement.

 

Nous entrons dans l'aurifère et dans la pauvreté du monde. L'amour seul subvient. Nous sommes les astres oubliés du jour et de la nuit. Nous sommes le retour de la comète et son affalement minéral. Désertés par la lumière, nous étoilons le miracle d'un sursaut de soleil sur nos âmes. Il est midi, il est minuit. Il est temps d'orchestrer le grand vacarme. Tout éparse. Tout revient à l'éclat dont nous sommes l'explosion primitive. Adam et Eve déchiquetés, l'un et l'autre éventrés pour la naissance du délice éternel où nous jardinons notre plaisir.

par Dionys publié dans : Proférations
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Lundi 4 février 2008

 

Une autre perspective, dévissée par l’horizon, tirant les traits d’une architecture dépeuplée, se souvient d’un monde entraperçu aux limites.
 

Ici est un lieu, sans autre figure que l’abîme des âges au charnier de l’enfance, que le château de sable égrainant, de souvenir en souvenir, sa naissance pétrifiée. Saisir l’éternité de sa chute, au fond du trou béant que creuse l’éclair sur le lieu des météores. Aven sulfureux, volcans tuméfiés et ventrus, fumerolles vénéneuses de la colère.
 

Dans le vertige qui me tient, je sais encore, debout, m’allonger sous la verticale de la nuit. Il naît des étoiles à chaque regard porté vers le large obscur des ténèbres. Il pleut des météores, frais de lave dans mes yeux, comme une tombée d’or pur, sur l’imaginaire lavé de tout soupçon.
 

Les vents sont en rafle sur l’oubli, toute mémoire floconne au fond du souvenir, comme l’amiante poussiéreuse du désespoir. Nos contrées sont ces plaines duveteuses et sûres où ne défriche aucune rafale. Les plis jurassiques de nos monts se sont lovés sous le tapis de mousse des forêts enracinées, le haut-mal rocailleux s’émousse au regard obstrué qui nous sert de prière, et le chamois ne court plus sur l’arrête entamée du couchant. Le plat du monde invoque l’ennui, l’oracle d’un tranchant, sur la pierre d’éclair où nous avons achoppé.
 

Notre vivacité de nerfs est maintenant opaque, sur le couchant de la révolte, comme à l’aube du désir où se franchissent les cols, il y a le pic inébranlable de la foi.
 

Voici que se lève le temple d’immanence, dévêtu de ses toits, démaquillé de ses fenêtres, comme autant de meurtrières jalouses et embusquées. Le chambranle de notre accueil millénaire s’est abattu sur le perron de l’amalgame. Dépourvu de seuil, l’étranger ne s’invite plus aux tables de cène qui faisait rompre le pain et vinifier les fontaines.   

Taillé dans le ciel seul et bâti sur l’outrage d’une terre retournée, le verger du paradis s’effondre sur la souche véreuse de l’amour. Les fruits pourrissants s’acheminent vers le dernier royaume où l’on composte les âmes. Nous sommes autant de ruine que d’espérance un peuple défriché.  

C’est le ciment des astres qui rédime le lézard de nos failles. Nous sommes dans l’auge de la roche, fuyants l’ultime prédation qui nous reflète, pour saisir l’anfractuosité du risque.  

La beauté se rend large et dévaste son champ de crépuscule, en inventant l’aurore et en cueillant les stalactites du soleil. Toute fondation est à refondre dans son socle de boue.         

par Dionys publié dans : Proférations
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Lundi 28 janvier 2008

L’infini laissé en friche.  

Evacuée par le sublime, cette étendue vouée au vol migrateur, et au silence craquelant des lacs, sous l’empan de gel qui défigure l’étang, enjambe la grande marche du couchant.  

Le regard encastré du soleil, voyeur de lune éclipsé, découpe un trait de ciel d’escale pour le passant dépecé de ses pas. C’est ici le refuge des outardes, sous le voile entrelacé de l’aube avec la nuit, dans le canevas nostalgique des souvenirs.
 

Un chant de langue félibrige fendille l’insomnie. Lardé d’entrechocs et de plaintes, un envol de stridences, battements d’ailes et de cœurs, d’un même rythme disloqué, renverse les vents insoutenables qui noroient le silence.  

Haletante impatience, mon souffle ventriloque ce monde sauvage où je crois entendre les voix de mon enfance. Répercutantes.  

L’épelé de leur écho, sur les langues de chair, enliées et adultes, n’est plus que le déglutissement des rêves dans la vieillesse du non départ.
 

Le silence seul interfère.

par Dionys publié dans : Proférations
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