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Dionys Décrevel

Dionys Décrevel, né en 1976, écrivain de langue française, chroniqueur pour ADA et Benzine Mag, parolier pour les Imprudents, Vlashent Sata et Cédric Antonelli. Participe au « Rimbaud après Rimbaud » paru chez Textuel, une édition établie par Claude Jeancolas. Il a également publié dans la revue Mercure liquide et aux éditions du Manteau de pluie.

Un soleil sur mon épaule

Publié le 29 Mai 2018 par Dionys in Poésie

Pierre Bonnard - Femme accoudée avec chien et nature morte - 1917 -

Pierre Bonnard - Femme accoudée avec chien et nature morte - 1917 -

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A la recherche de cet instant, plus pur que le cristal, plus libre que le vent, j’ai continué d’errer sur la jachère de mes sentiments, jusqu’à trouver terre ferme à mon pied, cœur tendre à mon âme et soleil en berne sur l’horizon. Les sentiers que j’avais tracés, par monts et par vaux, menaient à la source du chemin de Saint-Jacques, dans la conche de ce pèlerin perdu, où je pouvais entendre la mer et parler sa langue tumultueuse.

 

J’avais passé le col des amours mortes et chanté la chanson de Roland. J’avais encoublé mon pied dans les ronces du souvenir et donné mon sang. Sa coupe était pleine d’une rougeur maladive. Il ne manquait qu’un éclat pour y faire paraître le rubis de tes ongles et la beauté de tes gestes.

 

Plus solitaire qu’un loup, j’étais perdu dans mes traces. Ne suivant qu’odeurs fortes, dans les soubassements du crépuscule, j’avais renié la forêt première et mis bas à l’amour dans la clairière du bois de hêtres. Mais les sangliers du temps venaient à me rencontre, prêts à en découdre, cherchant le corps supplicier où ils pourraient enfin lover leur colère. Je les voyais fondre sur moi comme un ciel d’orage. Et je relevais chaque fois plus loin la limite du paysage où j’avais fixé l’explosion de mon cœur et l’enclouement de mes caresses.

 

L’heure était venue sonner la nuit, sans mot dire, dans le silence de l’habitacle et la clairière de ta chambre. Il était temps d’ouvrir les rues au vent et la fleur de ton ventre au jardinage de mes mains.

 

Il y avait tant de châtaigniers à venir dans la bogue de ton éclat, tant de chênes-lièges crépitants sous le feu de tes jambes, tant d’amandiers en fleurs sous le craquement de tes paupières, tant d’olives juteuses sous les pressoirs du désir.

 

Nous avions vue sur Montserrat et la nuit tremblait d’être si près de nous.

 

Nous avions la rose aux lèvres et le jardin fleurissait chaque un jour un peu plus dans notre ardeur. Il était si fleuri d’étoiles que les parfums nous embaumaient jusqu’au cœur. Nous ne pouvions respirer tant d’amour soudain sans enivrer l’air du soir, et je plongeais dans tes calices de soie, sans me soucier d’y mourir ou d’y vivre, puisque tout n’était qu’instant, comme un baiser d’éternité posé sur nos lèvres, nos bouches plus abrasives que le feu.

 

Nous étions bien, simplement, et la vie nous attendait ainsi, tels qu’en nous-mêmes, dans l’autre, avec cette attention particulière de la main, qui caresse, et de cet œil bienveillant sur le désordre des sens. Nous pouvions dormir l’un contre l’autre, sans avoir peur des jours à venir. Nos corps, blottis dans leur audace, pouvaient se donner sans restreindre et l’horizon s’ouvrait sur un cristal de ciels multiples.

 

Paris n’était plus que l’ombre d’elle-même et Barcelone incendiait le ciel désiré. Nous avons pris notre baluchon d’étoiles et nous avons gravi les sommets de la nuit, pour atteindre le versant du jour sidéral, où nous pouvions camper notre bivouac de lumière crue.

 

Après l’amour, qui y a-t-il de plus pur que l’amour à nouveau déployé ?

 

Ce n’étaient que passions et folies dans le miroitement des âmes que nous avions confrontées. Elles se faisaient face, resplendissant toutes deux, plus rieuses que le diamant de tes dents, plus acharnées que ton corps à me dévorer chaque jour un peu plus. Et je me suis laissé croqué par ton rire et je me suis laissé envahir par tes sens.

 

Le bonheur, ce n’était pas la vie, qui fut ma première amante, et qui sera ma dernière amie, c’était ce miracle de ta peau, plus marouflé que le ciel, plus doré que le soleil, cette rousseur avec laquelle tu jonglais dans le ciel, ton corps en nage, que tu plongeais dans l’azur des eaux. La Méditerranée n’avait plus de secret pour toi, tu étais sa confidente des profondeurs.

 

Ne plus enfreindre la joie, délivrer cette parole, longtemps tenue secrète, pour écrire cet état solaire, inondant les cieux de l’écriture, que tu ranimes en moi, comme le tison la flamme.

 

Tu es cette confiance que je lis dans tes mains et qui s’ouvre au jour sous le feu de tes paupières. Tu œuvres au réchauffement des âmes et à la conciliation des êtres. Tu débordes d’une lumière, dont la source ne peut tarir, et tes mots sont comme un baume sur le bleu douloureux de mes silences. Je n’ai d’ouïe que pour ta voix, qui chante la clarté des jours meilleurs, malgré ces stridences de tramontane qui sifflent dans ma tête.

 

Tu es cette folie que je sentais sourdre en moi et dont tu chantes les preuves et les louanges. Tu es ce cri ruisselant, que j’embrasse, au sortir de ta bouche, goûtant cette voix qui s’élève, plus haut que toute autre, jusqu’à mordre le soleil.

 

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