Lundi 28 avril 2008

A tous, quelques semaines de silence sur le blog, le temps de changer d'adresse et de mettre en place le myspace officiel de mon groupe : les Imprudents.
Voici l'adresse à laquelle vous pourrez écouter six titres en préparation pour le premier album.
Merci de votre écoute, de vos avis et de vos imprudences.

www.myspace.com/lesimprudents




par Dionys
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Mercredi 27 février 2008

Ne riez pas du bel idiot

Ses rêves ne sont pas que des mots

Tristes villages où l’on dit mal

Des bâtisseurs de cathédrales

 

Ne riez pas du bel idiot

Ses rêves ne sont pas que des mots

Je veux qu’il touche à l’idéal

Je veux qu’il touche au sidéral

 

Si je venais à mourir

Voici mes dernières volontés

Si je venais à périr

Faites qu’il s’envole, mon bel oiseau

Faites qu’on l’enterre à mes côtés

Si je venais à mourir, mon bel oiseau

 

Je veux qu’il prenne de l’altitude

Qu’il vole au dessus des latitudes

Du plat pays, des mornes plaines

Où l’on dit mal des gens sans haine

 

C’est le triangle des Bermudes

Géographiques solitudes

Petits hommes verts, peut-être frères

Je veux qu’il aille au bout des airs

 

Si je venais à mourir

Voici mes dernières volontés

Si je venais à périr

Faites qu’il s’envole, mon bel oiseau

Faites qu’on l’enterre à mes côtés

Si je venais à mourir, mon bel oiseau

 

par Dionys publié dans : Chanson
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Jeudi 14 février 2008


Une entrée en matière impalpable, une liquidité de cristal, quelques signes accrochés au désastre, une communauté de solitaires déconstellés, leurs commentaires immodérés. Entrouvrir ici le monde et sa lisière numérique. Ne plus faire écran. Faire face à cette nuit de pixels où nous dressons la constellation de notre ennui.

 

Aimer son prochain comme son fantôme. Aimer son ombre, aimer le prolongement solaire qui s'enfuit de soi. Cette caresse dans le dos ruisselant, cette main solaire qui diffuse l'intensité du jour et promulgue à la nuit son laisser passer de rêves.

 

Inviter le silence, à la fête bruyante où frémissent mes gestes de cristal, où chutent les anges maladroits de ton regard, où nous sommes l'un et l'autre la caresse malhabile du désir et sa poigne saisissante. Ouvre ta parole, ouvre ton ventre, ouvre tes cris, nous allons mêler nos voix dans la dissonance de l'enchantement.

 

Nous entrons dans l'aurifère et dans la pauvreté du monde. L'amour seul subvient. Nous sommes les astres oubliés du jour et de la nuit. Nous sommes le retour de la comète et son affalement minéral. Désertés par la lumière, nous étoilons le miracle d'un sursaut de soleil sur nos âmes. Il est midi, il est minuit. Il est temps d'orchestrer le grand vacarme. Tout éparse. Tout revient à l'éclat dont nous sommes l'explosion primitive. Adam et Eve déchiquetés, l'un et l'autre éventrés pour la naissance du délice éternel où nous jardinons notre plaisir.

par Dionys publié dans : Proférations
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Samedi 9 février 2008

 

 

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La France
profonde, la France en profondeur, c'est la folle aventure de « Mischka ». La traversée  d'un cinéaste et d'un acteur (deux en un) : Jean-François Stévenin, parti sur les routes en baroudeur, comme un Bernard Hinault du cinéma, pour un Tour de France épique et miraculeux, en blaireau mal rasé, hirsute, avec pourtant un cœur gros comme ça !


Pour ce travelling frontal vers la vie, tous les moyens de transport sont bons : de la bonne vieille 403 à la chaise roulante de l'hospice. On prend le bus, on rate le train, on attend le bac, tout est affaire de passage et de passagers. Dans « Mischka », l'important est d'avancer, ne serait-ce qu'un tout petit bout, vers son destin. Il faut y aller et on y va.


C'est l'été, la chaleur tape sur les nerfs des vacanciers. Les couples s'engueulent à l'avant de la voiture, les adolescents disent « merde » à leurs parents et prennent eux aussi la route. La France est un pays de fugueurs où l'on trouve toujours une fontaine accueillante pour épancher sa soif d'amour et d'amitié. Mais à peine arrivé, on repart. C'est une espèce de drogue, une bougeotte insatiable qui donne son rythme au film. Cela va très vite. C'est comme un paysage qui défile, la fenêtre ouverte, alors que l'on ressent le bonheur d'un vent frais qui fouette le visage.
    


« Mischka », c'est la France des autoroutes, où l'on n'abandonne plus son chien mais son papa (formidable papy Mischka, incarné par Jean-Paul Roussillon). Héros malgré lui d'un road-movie affectif où chaque personnage est une étape de ses propres souvenirs et un miroir de ses désirs inassouvis. La famille se reconstruit à partir de son abandon, et le film avec.


Un film qui est avant tout un hommage à la France (comme le cinéma ne nous en avait plus offert depuis Renoir). Il nous transporte, au sens quasi initiatique du terme, au gré d'un vent chaleureux et d'une tendresse donnée sans retenue, vers ce qu’on appelle un Havre de paix : le lieu utopique (nomade ou sédentaire) où se réunirait, pour le meilleur et pour le pire, la famille idéale. Non pas celle que l’on a mais celle que l’on choisit.


La beauté des paysages se mêlent aux résidus d'une humanité imparfaite et touchante : un hôtel grill Campanile planté au milieu d'un rond-point, un dépotoir de campagne transformé en terrain de jeux éphémère, une observatoire de fortune niché sous un pont d'autoroute. On transforme tout à son avantage dans « Mischka ». Tout peut être source de plaisir, pourvu qu'il y ait quelqu'un pour le partager.
   

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Finalement, le point commun de tous ces gens est « un famille, je vous aime » compulsif, une dose d'amour à revendre au dessus de la moyenne. Le cœur palpite, l'imagination déborde. Alors, ils partent : en vacances, en fugue, en exil, en tournée (comme Johnny). Tout le monde est en mouvement, se cherche une famille, la recompose au gré des rencontres, avec pour ciment, l'amour et l'amitié.


Comme dans tous les films de Stévenin, l'amitié est la base, l'amitié entre hommes surtout. D'abord, on s'observe, on se tourne autour (en silence) et puis tout d'un coup, ça éclate. C'est l'embrassade, l'engueulade. Mais toujours dans le partage. C'est la vie de famille en quelque sorte. Un méli-mélo  de sentiments inextricables que tout nous porte à fuir pour mieux se retrouver ensuite.


Des aimants irrésistibles nous attirent sans cesse vers ceux que nous avons abandonnés, laissés en chemin, sur le bord de la route. Même les personnages les plus solitaires (comme ces indécrottables renfrognés qu'incarne habituellement Stévenin) ne peuvent résister à l'appel des retrouvailles. Mais une fêlure persiste. Le plus souvent noyée dans l'alcool, elle est la petite voix qui guide chaque geste et chaque pensée vers la mélancolie du voyage.


Mais finalement, il y a toujours quelqu'un sur la route pour vous tendre la main. La famille s'agrandit, le cinéma aussi. En voyant et en revoyant « Mischka », on a vraiment l'impression de faire partie de la famille. C'est évident comme une tranche de saucisson, un verre de vin ou une chanson de Johnny. Tout est affaire de partage dans la France des profondeurs. Il suffit d'un bon guide et Stévenin, c'est un peu comme l'atlas Michelin. Le savoir présent sur la plage arrière nous rassure et nous ouvre des chemins de traverse insoupçonnés.

 

par Dionys publié dans : Cinéma
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Lundi 4 février 2008

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Né du traumatisme post Columbine, au même titre que « Elephant » de Gus Van Sant, le premier long métrage du québécois Quentin Dupieux nous emmène, au-delà de l’absurde, dans une espèce de tragédie crépusculaire annonçant le film culte qu’il deviendra sûrement, grâce au dvd qui prend patiemment le relais de son terrible échec dans les salles françaises, malgré la présence d’Eric et Ramzy.

Porté par une photographie automnale sublime, le découpage est structuré de plans fixes dont devrait s’inspirer les soit disants auteurs de comédies françaises qui oublient bien souvent que le plan fixe est une des bases formelles du burlesque. De même pour ces longs plans séquences qui étirent l’étrangeté de leur propos jusqu’au malaise, dont on peut à la fois rire ou s’effrayer, comme cette scène où l’un des personnages fait la manche pour se faire refaire le visage et rencontre un voleur de voitures en fauteuil roulant. 

Le film de Quentin Dupieux, dans la méticulosité de ses décors et de ses costumes, nous plonge d’un côté dans un univers réaliste, proche de notre quotidien et de ses obsessions maniaco-dépressives, et de l’autre dans un univers fait d’outrance et d’outrage où les couleurs, la nature mordorée et les étranges occupations des personnages secondaires provoquent des situations relevant quasiment du fantastique. Car « Steak » est aussi un film d’anticipation, un peu à la manière d’un « Fahrenheit 451 », genre qui sait confronter les fantasmes d’une société focalisée sur l’apparence au possible fascisme qui découle de l’obsession de cette apparence.


Film jubilatoire dans sa forme, que l’on peut d’ailleurs mettre en regard avec la sortie française du « Death proof » de Quentin Tarantino, « Steak » est un film pessimiste dans le sens où l’appartenance au groupe semble être la base éternelle des rapports humains. Et ceux qui tenteront de s’en extraire pour vivre leur folie en solitaire seront toujours arrêtés en chemin. Comme par la Police, dans les scènes inaugurale et finale du film.


Objet cinématographique non identifié volant au dessus de la société du spectacle formatée, « Steak » règle ses comptes avec le monde aseptisé, sécuritaire et grégaire que Quentin Dupieux détaille avec justesse sous ses différentes facettes : l’école, la famille, le sport, la psychiatrie, la police, les pavillons des classes moyennes qui s’étendent aux limites des villes, toute la société est vue dans son ensemble. Contrairement à bon nombre de comédies françaises qui vont se focaliser sur un seul aspect, jusqu’à l’épuiser totalement, et en réaction à ces films qui décortiquent, Quentin Dupieux englobe son sujet. 

Ici, un groupe nommé les « Chivers », bouteilles de lait à la main, a développé toute une série de codes allant de l’habillement uniforme façon campus au salut clanique enchaînant poignées de mains et de jambes, le groupe ayant même été jusqu’à inventer son propre sport.

Les « Chivers » ont aussi leurs interdits, comme la cigarette, dont la moindre bouffée peut-être fatale, au même titre que d’écouter du Phil Collins. Mais surtout, pour être un vrai « Chivers », il faut avoir été refait du visage, ce qui implique de rendre visite à cet étrange chirurgien esthétique qui connaît par cœur le nombre de morts et de blessés dénombrés dans les fait divers. Et pour un vrai Chivers, toute conquête féminine doit bien sûr avoir les seins refaits, cela va de soi. 

A la fois bon élève d’une société ventant les mérites de la pureté, de l’hygiène et du look plus ultra, et en même temps voyou tirant vers le Hell’s Angel en 4x4, « Un Chivers se doit d’être irréprochable au niveau de la tenue et du mental. »  

 

par Dionys publié dans : Cinéma
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Lundi 4 février 2008

 

Une autre perspective, dévissée par l’horizon, tirant les traits d’une architecture dépeuplée, se souvient d’un monde entraperçu aux limites.
 

Ici est un lieu, sans autre figure que l’abîme des âges au charnier de l’enfance, que le château de sable égrainant, de souvenir en souvenir, sa naissance pétrifiée. Saisir l’éternité de sa chute, au fond du trou béant que creuse l’éclair sur le lieu des météores. Aven sulfureux, volcans tuméfiés et ventrus, fumerolles vénéneuses de la colère.
 

Dans le vertige qui me tient, je sais encore, debout, m’allonger sous la verticale de la nuit. Il naît des étoiles à chaque regard porté vers le large obscur des ténèbres. Il pleut des météores, frais de lave dans mes yeux, comme une tombée d’or pur, sur l’imaginaire lavé de tout soupçon.
 

Les vents sont en rafle sur l’oubli, toute mémoire floconne au fond du souvenir, comme l’amiante poussiéreuse du désespoir. Nos contrées sont ces plaines duveteuses et sûres où ne défriche aucune rafale. Les plis jurassiques de nos monts se sont lovés sous le tapis de mousse des forêts enracinées, le haut-mal rocailleux s’émousse au regard obstrué qui nous sert de prière, et le chamois ne court plus sur l’arrête entamée du couchant. Le plat du monde invoque l’ennui, l’oracle d’un tranchant, sur la pierre d’éclair où nous avons achoppé.
 

Notre vivacité de nerfs est maintenant opaque, sur le couchant de la révolte, comme à l’aube du désir où se franchissent les cols, il y a le pic inébranlable de la foi.
 

Voici que se lève le temple d’immanence, dévêtu de ses toits, démaquillé de ses fenêtres, comme autant de meurtrières jalouses et embusquées. Le chambranle de notre accueil millénaire s’est abattu sur le perron de l’amalgame. Dépourvu de seuil, l’étranger ne s’invite plus aux tables de cène qui faisait rompre le pain et vinifier les fontaines.   

Taillé dans le ciel seul et bâti sur l’outrage d’une terre retournée, le verger du paradis s’effondre sur la souche véreuse de l’amour. Les fruits pourrissants s’acheminent vers le dernier royaume où l’on composte les âmes. Nous sommes autant de ruine que d’espérance un peuple défriché.  

C’est le ciment des astres qui rédime le lézard de nos failles. Nous sommes dans l’auge de la roche, fuyants l’ultime prédation qui nous reflète, pour saisir l’anfractuosité du risque.  

La beauté se rend large et dévaste son champ de crépuscule, en inventant l’aurore et en cueillant les stalactites du soleil. Toute fondation est à refondre dans son socle de boue.         

par Dionys publié dans : Proférations
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Mardi 29 janvier 2008

Voici un texte publié dans "Rimbaud après Rimbaud", édition établie par Claude Jeancolas et parue chez Textuel.

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Un homme en marche. Le point noir d'une fuite sur un crassier de neige.

 

Créer la boue sur son passage, inventer la trace, passer le col du souvenir et ne laisser qu'une bourrasque.

 

Du haut des mondes, l'aigle fond sur sa proie pour lui livrer l'oracle. Homme, tu es ce col d'une autre voix que j'attendais. Devant toi, l'imaginaire n'est plus qu'une vaste plaine sans crépuscule. Je franchis avec toi son silence, la musaraigne du silence.

 

La neige est sourde comme le vent. La tempête de ce jour couvre toutes paroles. Dieu même ne taille plus de son cristal dans les tympans massacrés. Les flocons en virevolte, tiraillés de tous vents, saupoudrent le sel brûlant d'un grésil sur ses yeux.

 

Le voyageur impénitent ne cherche pas refuge. Il cherche dans la nuit glacée, le réconfort d'une avalanche sur ses pensées.

 

Il y a le vent, compagnon du souffle, qui porte d'une plaine à l'autre, le relief d'un corps détaché de toute ombre, de toute poésie. Trouver dans le ventre de la roche, les entrailles d'une tessiture. Voix déclencheuse d'avalanches.

 

Il fait froid. Le gel est une brûlure plus intense que le soleil. L'enfer est une mer de glace criblée de stalactites et toute engelure est un cataclysme à venir. La fonte des neiges, le glissement d'une écriture sur les terrains du corps et la chair nègre sous la peau. La peau blanche du saisonnier.

Quand la pureté du glacier se confond à la flaque noire et froide où le baigneur du jadis plongeait ses pieds de marcheur ensanglanté. Celle de la Meuse, fleuve sans aval et sans amont, qui noyait les terres grasses de Charleville sous ses crues. La peau du fils transpire la sueur et le lait de son passé sous la neige du manteau blanc. Les boutons, un à un, sautent sous la pression de l'âme et rendent à l'air libre ce cœur emprisonné. Poitrine ouverte au vent.

 

Outre plaine, les premiers fusils se chargent de mitraille. Le cœur braqué du poète attend les balles de la trahison et les douilles de la postérité.

 

Trépasser l'ennui, l'Europe des vieux jours. Frayer le pli du vent, briser les vagues de l'océan d'ici, montagnes aux dents cariées et creuses, pour déblayer avec les pelles de ses mains, le corail d'une congère. Crier dans la nuit, de ses deux brillants d'étoile, un désir de soupe chaude et de pain noir.

 

Les yeux s'inventent un paysage à la mesure de leur faim. Et ce soir, au refuge, un couvert d'argent sera mis à la table des chevaux.

 

Ah, le feu sacré des lacs gelés que l'on voit d'ici comme une rosée de larmes sur la plaine. Demain rendra le jour à l'embarqué de Gênes, sur un bateau chargé de fièvres. Avec au bout du voyage, cinquante degrés centigrades et la gangrène d'un marchandage inachevé.

 

par Dionys publié dans : Publications
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Lundi 28 janvier 2008

L’infini laissé en friche.  

Evacuée par le sublime, cette étendue vouée au vol migrateur, et au silence craquelant des lacs, sous l’empan de gel qui défigure l’étang, enjambe la grande marche du couchant.  

Le regard encastré du soleil, voyeur de lune éclipsé, découpe un trait de ciel d’escale pour le passant dépecé de ses pas. C’est ici le refuge des outardes, sous le voile entrelacé de l’aube avec la nuit, dans le canevas nostalgique des souvenirs.
 

Un chant de langue félibrige fendille l’insomnie. Lardé d’entrechocs et de plaintes, un envol de stridences, battements d’ailes et de cœurs, d’un même rythme disloqué, renverse les vents insoutenables qui noroient le silence.  

Haletante impatience, mon souffle ventriloque ce monde sauvage où je crois entendre les voix de mon enfance. Répercutantes.  

L’épelé de leur écho, sur les langues de chair, enliées et adultes, n’est plus que le déglutissement des rêves dans la vieillesse du non départ.
 

Le silence seul interfère.

par Dionys publié dans : Proférations
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Samedi 26 janvier 2008

Voici un extrait de "Chacun son tour" dont le texte intégral est publié dans le numéro 8 de la revue Mercure liquide. 

 

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... Le verre se vide, la cigarette s’écrase dans le fond du cendrier. L’une en appelle à l’autre et leurs voix se répondent, s’entremêlent, s’engueulent et se réconcilient, dans un même geste, pour la continuité de ce rêve évaporé, parti en cendres, qui réunit tous les bougres du monde, gens de peu, gens de trop, perdus dans la nuit. L’infatigable nuit.

 

Quelque chose, au creux de ces mains démunies, tient lieu de rêve. La lumière palpable d’un objet, d’un geste ou d'un souvenir. Tenir ce rêve, quand bien même partirait-il en fumée, quand bien même partirait-il en gorgées de poison, le poing crispé, la gorge serrée, c’est le défi lancé à la nuit...


www.mercure.phpnet.org/site/
par Dionys publié dans : Publications
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Mardi 22 janvier 2008
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Après avoir enchaîné des projets aussi variés et ambitieux que « Hulk » ou « Le secret de Brokeback mountain », Ang Lee revient à la Chine historique des années quarante. Et Plutôt que de situer l’action de son film à Pékin, Ang Lee choisit Hong-Kong et Shanghai. Deux lieux mythiques de ce que la Chine représente à l’époque pour le monde qui se dessine au crépuscule de la seconde guerre mondiale : occupation fasciste japonaise, nationalisme chinois et international communisme se mêlent alors dans une danse macabre qui n’a pour finalité que de soumettre un peuple qui, quoi qu’il arrive, ne pourra échapper aux affres de la dictature.

 

Lieux de tous les enjeux, de toutes les stratégies et de toutes les répressions idéologiques, Hong-Kong et Shanghai semblent avoir été tracées pour le film d’espionnage en tant que genre. Mais en se perdant parmi la foule et les ruelles de ce labyrinthe vivant, nous finissons par nous rendre compte que l’intérieur compte bien plus que l’extérieur, que l’envers du décor est bien plus meurtrier que les façades, que l’intimité des alcôves est bien plus dangereuse que les frottements de la foule qui grouille dans les rues. Car c’est derrière le clos des murs que se passe l’essentiel : il s’y fomente des plans secrets, on y torture, on y fait l’amour, on y joue la comédie et les parties de mah-jong, comme les mises en scène de théâtre, peuvent s’avérer tout aussi stratégique qu’un plan d’attaque militaire. Le choix des mots peut être bien plus meurtrier que le choix des armes.

 

Historiquement, en choisissant la période de l’occupation japonaise, Ang Lee semble établir les tenants et les aboutissants d’un possible film d’espionnage qui finalement n’aura pas lieu. Car plus qu’un film d’espionnage, « Lust, caution » est, comme son nom l’indique, un film organisé autour du péché. Le pêché, qui est déjà présent dans le titre, se voit représenté tout au long du film par différentes séquences dont ces prenantes scènes sexuelles qu’Ang Lee maîtrise à la perfection, comme peu de cinéastes savent le faire. 

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La luxure (par le sexe), le mensonge (qui infiltre les corps et les esprits), l’avidité (pour le pouvoir), la vengeance (au nom de l’idéologie) ou finalement la trahison (pour l’individu contre le groupe) sont les multiples formes que prend le pêché tout au long de la construction du film qui devient de plus en plus prenant au fur et à mesure que la relation entre Yee (Tony Leung) et Wong Chia-chi (Tang Wei) se fait incarnée. Au niveau du montage, l’architecture en flash-back et flash-forward permet de recentrer le film autour des personnages principaux et non autour de l’action idéologique qui n’est finalement qu’un prétexte pour situer le drame et la comédie de la trahison.  

 

A la fin du film, le personnage de Chia-chi dit que la pénétration sexuelle finit par pénétrer les cœurs, et qu’elle a pour objectif, au nom de l’idéologie, de pénétrer celui de Yee. Mais alors qu’il croit pénétrer le corps de Madame Mak, Yee pénètre celui de Chia-chi. Et tandis  qu’elle croit abandonner son corps au nom de Madame Mak, c’est celui de Chia-chi qui la fera trahir son groupe pour sauver la vie de son amant Yee.

 

Quand au groupe, il s’agit en fait d’une troupe de théâtre amateur réunie au gré de rencontres entre quelques étudiants de l’époque. Mais la troupe en question, forte du succès de leur pièce nationaliste, finit par entrer en scène dans la vraie vie (la vie historique) en se créant une mission arbitraire au nom d’un patriotisme vengeur qu’instigue le responsable de la troupe. Une fois le pacte scellé, les comédiens s’inventent un décor et des personnages à la hauteur de leur folie. La finalité de la pièce qu’ils ont écrite étant d’assassiner le ministre Yee (qui collabore avec l’occupant). Le décor devient alors cette maison où Madame Mak (qui est en réalité Chia-chi) et son mari (un autre comédien de la troupe) sont censés vivre alors que lieu s’avère être le repaire du groupe.

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Ainsi placé sous le signe du double jeu, comme ces interminables parties de mah-jong au féminin qui ponctuent le film, « Lust caution » instaure des règles qui sont faites pour être transgressées et donc vouées à la trahison de ceux qui ce sont lancés dans le jeu. Le complot (comme une forme politique du jeu) que met en place la troupe de comédiens nationalistes les mènera tous ensemble à la mort, inséparables dans leur destin et devant le gouffre qui les attend au moment du peloton d’exécution.

 

Prêts à tout pour arriver à leur fin, les protagonistes se montrent de plus en plus fanatiques et extrémistes dans leurs actes. Comme dans cette hallucinante scène de tuerie où chaque membre de la troupe s’oblige, dans une rare violence, à assener chacun son tour un ou plusieurs coup de couteau au frère du chef du groupe qui, lié à Monsieur Yee, a surpris leur machination. Et alors que chaque coup semble fatal et mortel, le frère se relève en les regardant fièrement. Son cadet n’aura d’autre issue que de l’achever sauvagement dans son agonie.

 

Double visage de la Chine de l’époque, les deux frères ne savent pas encore que leur quête idéologique sera veine, puisque c’est finalement le communisme de Mao qui triomphera sur les idéaux nationalistes de Tchang Kaï-chek aussi bien que sur ceux de l’occupant japonais. C’est ici la grande force de l’aspect politique du film car il montre que l’engagement idéaliste ne mène finalement qu’à la division de ceux qui se sont ligués. Ainsi, une unique et simple trahison peut faire basculer toute une révolution, ou changer sa couleur idéologique.  

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Mais plus qu’à la Chine historique, c’est à la plastique chinoise que Ang Lee revient. Les corps de Tang Wei et de Tony Leung incarnent à merveille ce retour. Film physique par excellence, « Lust, caution » met en scène les corps et leur pénétration dans le but de pénétrer lui-même le spectateur d’une jouissance qui est aussi celle du jeu de la manipulation et de la trahison. Les scènes sexuelles sont impressionnantes car elles ne relèvent en rien de l’érotisme tiède que l’on peut habituellement voir dans le cinéma contemporain. Il s’agit là d’une véritable effusion physique. D’un côté les mains de Yee, qui sont plus habitués à la torture de prisonniers politiques. De l’autre la main de Wong Chia-chi qui s’est apposée sur celles de ses camarades comédiens lors du pacte qu’ils scellent au début du film dans le but d’assassiner Yee.

 

Le sentiment national, même si cela n’est jamais dit ou montré, ne résiste pas aux tortures du sentiment amoureux, physique et viscéral, qui unit les amants. Un état de possession et de dépendance à la chair qui d’un coup les perd lorsque ceux-ci sont sur le point de dévoiler leur amour. Yee lorsqu’il entend la chanson d’amour chinoise chantée par Chia-chi dans la maison de geishas japonaises. Chia-Chi lorsqu’elle passe au doigt la bague en diamants de six carats offerte par son amant. Un amant dont elle semble s’être éprise au point de signer son arrêt de mort en sauvant la vie de son futur bourreau. 



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Dans la représentation de leurs sexualité, plutôt que de commencer par des scènes douces pour aller vers des scènes de plus en plus débridées et extrêmes, Ang Lee opte pour le contraire en faisant de leur première nuit d’amour un exutoire sadique aux pulsions de Yee. Puis, de rencontre en rencontre, la sexualité se fait de plus en plus à l’image de Chia-chi. Alors que Yee la pénètre, elle semble pénétrer le cœur de Yee et réussir sa « mission ». Elle devient petit à petit son égale puis se retrouve en situation de domination. La conspiratrice met son désir au service de la « cause » et transforme sa répulsion en jouissance, comme si le rôle du corps de Chia-chi surpassait celui de son esprit pour ne faire plus qu’un avec Yee et peut-être se transformer en amour. Yee, plutôt que d’être anéanti par le politique, sera anéanti par le sexuel, voir par l’amour. A mesure que l’étau des cuisses de la jeune femme se resserre autour de Yee, l’Histoire se resserre également autour de son personnage d’homme d’Etat. C’est la force de construction du film qui, en mêlant le sexuel et le politique, arrive à nous faire percevoir le vertige érotique de la trahison.

 

par Dionys publié dans : Cinéma
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